Ce soir, mon inspiration me manque. Elle est partie, dans le dernier coup de vent.
Je l'attends.
J'attends mon inspiration fugitive. Je voudrais moi aussi, pouvoir partir selon le vent. M'envoler, comme ça, d'un coup, sans prévenir. Et j'aimerais qu'on m'attende. Que quelqu'un se dise "Il est parti dans un courant d'air. Le vent me le ramènera".
J'attends mon inspiration. Cette vagabonde effrontée. Elle a le don de se faire désirer. Et en profite. Je voudrais la rejoindre. Que le vent m'emporte lui aussi. Je veux tournoyer, qu'il me serre dans ses bras. Ne plus toucher Terre. Virevolter, tourner sur moi même, perdre la tête.
Qu'il doit être bon d'être une inspiration...
J'attends mon inspiration qui tarde à me revenir. Je ne suis pas de ceux qui font attendre. Moi je suis celui qui attend. J'attends tout le temps, dans mon lit, dans mon bain, dans la rue, près de mon téléphone. Dans les contes modernes, le Prince Charmant ne rappelle jamais le lendemain. Ni les autres jours après d'ailleurs. C'est comme ça. On s'y fait. Je suis de ceux qui sont soumis aux caprices des autres. Et ce soir je suis soumis aux caprices d'une inspiration.
Mon inspiration errante n'est toujours pas rentrée. Je suis inquiet. Que peut-elle faire si loin de moi ? Ne suis-je pas indispensable à ses yeux ? A quoi pense une inspiration égarée ? Est-elle heureuse ? Ne l'est-elle pas ? Connait-elle le chemin du retour ? Sait-elle que je l'attends ? Reviendrait-elle si elle le savais ?
J'attends mon inspiration qui s'est perdue. Que le vent a semé. Peut être que moi aussi, j'espèrerais que le vent me perde si jamais j'avais été libre. Je n'en sais rien. Mes idées m'ont fui. Elles ont profité du petit mistral qui passait par là. Un moment d'inattention et me voilà seul, à attendre.
Moi aussi j'aurais bien besoin d'un peu de vent. Soulever mon coeur. Me vider l'esprit. Que le vent chavire tout. Me renverse. Je n'ai besoin de rien. Juste de mon inspiration...
Mon inspiration est seule. Et moi aussi. Un coup de vent me l'a volé. A peine un petit souffle d'air. Pas très fort. Mais il a suffit. Ca n'était qu'une petite brise, et elle m'a fait la sensation d'une tornade. Un homme sans inspiration est un homme triste.
Mon inspiration est partie.
Elle ne reviendra pas ce soir.